24 mai 2015

Pentecôte, une fête simple et joyeuse!


Comme des flammes de feu
Vitrail de fra Costantino Ruggeri (1925-2007)
Photo O.Schopfer
Le Saint-Esprit ne s'explique pas : il se célèbre ! Il est la source de notre chant, il inspire nos mots, notre musique, il est ce qui nous tient ensemble, nous ici dans cette église, mais aussi tous les autres de par le monde qui sont animés par lui, parfois sans le savoir.
Comme des flammes de feu
Vitrail de fra Costantino Ruggeri (1925-2007)
Photo O.Schopfer
Prédication de Pentecôte, 24 mai 2015, Berne

Lectures: Actes 2,1-3
Interlude : Olivier Messiaen - Les langues de feu
Actes 2,4-12
Interlude : Olivier Messiaen - Le don de la Sagesse
Actes 2,13-18
Interlude : Improvisation par Antonio García


Chers Amis,
Chaque mardi matin, l'équipe des professionnels de la paroisse se réunit pour méditer et pour travailler ensemble. Mardi dernier, Maria Gafner notre diacre disait que, de toutes les fêtes de l'année chrétienne, Pentecôte était celle qu'elle préférait, parce que c'est une fête simple et joyeuse. Une fête que l'on peut simplement célébrer, sans avoir grand chose à expliquer.
Je suis d'accord avec elle. Quand on pense devoir expliquer ce qu'est le Saint-Esprit, c'est qu'on est plus très sûr qu'il respire vraiment dans notre communauté !
Le Saint-Esprit ne s'explique pas : il se célèbre ! Il est la source de notre chant, il inspire nos mots, notre musique, il est ce qui nous tient ensemble, nous ici dans cette église, mais aussi tous les autres de par le monde qui sont animés par lui, parfois sans le savoir.
Antonio García vient de jouer deux pièces de Messiaen, l'une sur les langues de feu, l'autre sur le don de la Sagesse, toutes deux tirées de sa messe de Pentecôte. Antonio nous a aussi joué une improvisation de son cru.
La musique non plus n'explique pas le Saint-Esprit : elle le célèbre !
Et c'est aussi ce que fait le récit de Pentecôte. Un récit enjoué et amusant, presque burlesque, même s'il s'inscrit dans une situation tendue : en pleine ville de Jérusalem, cinquante jours après les événements qui ont conduit à la mort de Jésus. De nouveau une grande fête. De nouveau des foules rassemblées, les mêmes qui criaient alors : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Et voici que survient cet événement spectaculaire est insaisissable… Curieusement, la foule semble ne remarquer ni les flammes ni le vent. Attirée par la rumeur elle se rassemble, et ce qui étonne les gens, c'est de comprendre ce qui est dit, de l'entendre chacun dans sa propre langue.
Est-il possible que quelque chose de religieux me parle?!
La religion n'est-elle pas un monde hermétique et mystérieux?
Ne s'agit-il pas seulement de faire ce qu'il faut pour que les puissances célestes ne me soient pas hostiles ? Comment on me dit parfois : « Pour mettre toutes les chances de notre côté » ?
C'est bien plus qu'une question de langue maternelle : ce qui étonne les gens, c'est d'être rejoints personnellement. C'est qu'il n'y ait plus de séparation entre la langue du religieux, avec tous ses spécialistes, et la langue du quotidien, celle de Monsieur et Madame Tout-le-monde.
Mais entendre annoncer les merveilles de Dieu dans notre langue, entendre parler d'un dieu proche, intime, est-ce vraiment ce que nous voulons ? Les gens sont perplexes. Ce n'est pas comme ça qu'ils se sont imaginé Dieu jusque-là. Ils sont venus en pèlerinage à Jérusalem pour voir le Temple, pour accomplir les rituels, pour s'approcher du saint-lieu, mais pas trop ! La proximité immédiate, ils la laissent aux grands-prêtres !
Encore aujourd'hui beaucoup de gens sont mal à l’aise à l'idée de cette présence qui se propose à nous dans l’Esprit saint.
Certains préfèrent le Dieu lointain, majestueux, auquel on accède par des rites. Ils préfèrent déléguer à un clergé la mission de gérer les affaires sacrées… Parmi ces gens, certains se sentent plus à l’aise dans l'Église catholique, ou les Églises orthodoxes. D'autres se tiennent en dehors de toute Église, mais sont quand même contents qu'elles existent !
D'autres au contraire se précipitent sur le côté personnel de la relation avec Dieu à travers son Esprit-Saint. Ils ne voient plus que cela. Les uns en dehors de toute Église : croyant à leur façon, chacun pour soi, ils finissent par être dans une grande solitude spirituelle. Les autres dans des Églises charismatiques ou pentecôtistes, où chacun est effectivement prophète et inspiré, avec le risque que personne n'écoute personne, et que le pouvoir soit pris par ceux qui prétendent détenir la vérité.
Non, l'événement de Pentecôte ne laisse personne indifférent ! Encore aujourd’hui !
Pourtant, il faut voir comment, dans le récit de Pentecôte, cet événement se développe. À l'enthousiasme des uns et la perplexité des autres, Pierre va en effet répondre au nom des Douze apôtres.
L’événement qui vient de se produire, avec quoi va-t-il le mettre en relation ?
Il va le mettre en relation avec d'une part la tradition biblique (en se référant au prophète Joël) et d'autre part à la Passion du Christ et sa résurrection, qui sont des événements encore tout frais !
Il va faire ce que nous faisons aussi ici même : créer un dialogue entre l'Écriture biblique comme source de notre inspiration et la communauté rassemblée, le tout à la lumière de la Passion et de la résurrection du Christ.
Nous retrouvons dans ce dialogue :
Le fondement biblique, qui est la foi en Dieu le créateur, que Jésus appelle le Père.
Le tournant qui se produit en Jésus-Christ, le Fils, à travers sa mort et sa résurrection.
Le fait que le tout nous est rendu compréhensible par la puissance de l'Esprit.
Ces trois aspects, ces trois temps de la Trinité, donnent à l'Esprit sa juste place: dans l’histoire du salut, c'est en dernier qu'il nous est donné au jour de Pentecôte, même si nous savons aussi qu’il était là dès le commencement du monde.
C'est ce que Jean-Sébastien Bach exprime à sa manière dans la pièce que nous allons entendre dans un instant, des variations sur la musique du choral «Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist» «Esprit Saint, esprit créateur».
On commence par entendre un rythme à trois temps, qui fait penser aux trois temps de la Trinité. Mais vous remarquerez que c’est un rythme qui semble boiter sur le troisième temps, jusqu'au moment où quelque chose change, comme si le Saint-Esprit de Pentecôte venait souffler en vent continu, pour achever à la fois la Création et notre manière de comprendre Dieu comme Père, Fils et Saint-Esprit.
Célébrons donc cet Esprit-Saint, et qu’à l’image du souffle de l’orgue, il respire en nous et dans notre communauté !
Amen

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