3 mai 2015

Une histoire de loups et d'agneaux


La chèvre de M. Seguin
par Sugy
C'est une histoire d’agneaux, de bergers, et bien sûr… de loup ! À la manière de la chèvre de Monsieur Seguin et de ces autres histoires de loup, qui peuplent notre enfance. Tous les personnages sont réunis pour un drame effrayant, qui rejoint nos peurs les plus inconscientes, mais qui en même temps nous rassure: comme nous sommes bien ici, à l'abri dans cette église !


La chèvre de M. Seguin
par Sugy



Prédication du 3 mai 2015, Berne

Lectures : 1 Pierre 5,1-11
Jean 10,11-18 Le bon berger





Chers Amis,
C'est une histoire d’agneaux, de bergers, et bien sûr… de loup !
De loup, de bête sauvage, ou alors de lion, de tigre, ou même de tyrannosaure…
À la manière de la chèvre de Monsieur Seguin, qui part trotter sur les cimes herbeuses, ou de ces autres histoires de loup, qui peuplent peut-être votre enfance. En tout cas la mienne !
Tous les personnages sont réunis pour un drame effrayant, qui rejoint nos peurs les plus inconscientes, mais qui en même temps nous rassure : comme nous sommes bien ici, à l'abri dans cette église ! Pas de loup à l'horizon, au contraire, une divine protection est sur nous.
L'enfant sur les genoux de celui qui veut bien lui raconter pour la 20ème fois l'histoire du loup, se réjouit d'avance d'avoir peur et d'être rassuré !
Sauf que dans les deux versions que nous avons entendues, celle de l'Évangile de Jean, ou Jésus est le berger, et celle de la première épître de Pierre, où ce sont les anciens, les presbytres, qui sont les bergers, le troupeau de brebis, ce sont les croyants, c'est-à-dire nous !
Et le loup… ou le lion …
Il n'est pas dans les bois ou sur les cimes, mais il rôde au milieu de nous !
Il y a donc quand même de quoi s’inquiéter…
Mais le problème, ce n'est pas le loup ! C'est dans la nature des loups et des lions de courir après les brebis et de les disperser !
Non, le problème c'est le berger ! Le problème, ce n'est pas ce qui peut disperser les croyants. Il y aura toujours des raisons de se disperser ! La vraie question c'est : qu’est-ce qui nous tient ensemble ?
Dans l'Évangile de Jean, Jésus aborde de cette question alors qu'il est en pleine controverse avec les pharisiens. Les pharisiens se réclament de Moïse. Ils prétendent être habilités à gérer l'héritage de Moïse, c'est-à-dire à interpréter la volonté de Dieu, tels qu'ils la comprennent. Ils prétendent pouvoir fonctionner comme autorité morale devant le peuple.
Rien d'étonnant à ce qu'ils soient fâchés, quand Jésus commence à dire que le bon berger, qui prend bien soin du troupeau, c'est lui et pas eux !
Et il en rajoute, en traitant les autres bergers de mercenaires, d'employés, qui font ça pour leur salaire et pas par amour pour les brebis ! Et qui partent en courant dès que l'ombre d'un loup s’approche !
Si j'étais pharisien, je me sentirais visé! Et dans le fond, je suis un peu leur successeur, comme brave fonctionnaire du bon Dieu !
Mais l'Évangile de Jean n'a pas été écrit pour les pharisiens, il n’a pas été écrit pour les pasteurs d’aujourd’hui, il a été écrit pour une jeune église, dans laquelle la même question se pose : qu'est-ce qui nous tient ensemble ?
Et pour les membres de cette Église, la réponse de Jésus prend une couleur différente, eux qui savent la suite de l'histoire, eux qui savent ce qui est arrivé à Jésus après ! Dans la réponse de Jésus, ils reconnaissent une annonce de sa passion: « Le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis ».
Ce qui nous rassemble ? C'est le Christ qui nous aime jusqu'à l'extrême ! C'est le Christ vivant, malgré la mort, au-delà de la mort. C'est le Christ vainqueur de la mort !
Et tant pis pour les pharisiens et leur légalisme ! Eux voudraient tenir les gens ensemble en leur disant ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire !

Ce qui nous rassemble, c’est d’avoir été aimés, alors aimons-nous, comme le Christ nous a aimés, et tout ira bien !

Si c'était si simple, ça se saurait !
Si c'était si simple, il n'y aurait pas besoin de parler du loup (ou du lion), ni de mauvais bergers, de mercenaires… et il n'y aurait pas besoin d'autres bergers que le berger suprême !
Vous avez remarqué, dans la lettre de Pierre ? !
« J'exhorte les anciens parmi vous… : Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, en veillant sur lui non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non par cupidité, mais par dévouement. »
D’abord on retrouve le thème du mauvais berger, le mercenaire…
Mais surtout Pierre réintroduit les bergers au pluriel, les personnes qui prennent des responsabilités, au nom de l'ensemble de la communauté. Parce qu’il faut bien s’organiser! Parce qu’il faut bien trouver une parole commune, se mettre d’accord sur des projets communs. On est passé d’un certain idéalisme communautaire à une mise en place concrète.
Pierre ne nomme pas les bergers, mais il parle de la responsabilité elle-même : faire paître le troupeau de Dieu. Et il relie cette responsabilité aux anciens, les presbytres.
Les anciens : à la fois un statut (âge) et une fonction. En quoi consistait-t-elle exactement ? Apparemment c'était différent d'une communauté à une autre !
Mais ce qui apparaît déjà clairement, à entendre toutes ces recommandations, c'est que ce rôle était dès le début à la fois indispensable et délicat.
« N’exercez pas un pouvoir autoritaire, mais devenez les modèles du troupeau ! »
Si personne ne s'occupe de rassembler la communauté, elle s'éparpille … et elle a mille bonnes raisons de le faire, aujourd'hui plus qu’à n'importe quelle autre époque !
Mais sitôt que quelqu'un s'y attelle, il y a des frictions et des risques de prise de pouvoir.
C'est presque rassurant de se dire que chez les tout premiers chrétiens, c'était déjà comme ça !
Pourtant, Pierre encourage ces responsables, et aujourd'hui encore, il faut encourager tous ceux qui jouent ce rôle de berger, de rassembleur. Il faut les encourager à tous les niveaux, en commençant par notre communauté locale. Je pense à ceux qui ont des responsabilités instituées, le conseil de paroisse, la diacre, l’assistance sociale, la catéchète et son équipe, le sacristain, le pasteur, la stagiaire… mais aussi à tous ceux qui aident à rassembler sans avoir une fonction reconnue. Tous les bénévoles qui s'engagent pour une communauté vivante.
Même si le mot pasteur signifie berger, les pasteurs n’ont pas le monopole du rôle de rassembleur! Ce rôle vous appartient à tous, même si vous pensiez être simplement venus ce matin entendre quelque chose qui vous fait du bien, passer un moment en bonne compagnie… Chacun pour sa part, vous contribuez à ce que nous soyons une communauté qui fait envie, parce qu’elle est en cohérence avec ce qu’elle croit !
Les mots de Pierre vous paraissent peut-être difficiles. Aujourd'hui, on n’aime pas vraiment être traité de troupeau !
Les mots ont changé de poids, alors parlons plutôt de communauté !
L’apôtre parle d’être « soumis aux anciens »… Aujourd’hui on dirait plutôt : « Jouez le jeu, participez ! », mais aussi « laissez chacun prendre sa part de responsabilité », « reconnaissez le rôle de chacun ! »
Un berger, un troupeau. Un berger, des brebis qui se prennent en charge. Un berger, des bergers !
L’enfant écoute l’histoire du loup. Elle finit toujours comme ça, qu’il s’en va penaud, parce que l’amour a été plus fort. Et l’enfant s’en réjouit.
Amen

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