20 septembre 2015

Donnez-leur vous-mêmes à manger!


Foule © Flickr
Les foules sont là, elles ont faim. Jésus dit à ses disciples: "Donnez-leur vous-mêmes à manger!" Vous savez bien que l'histoire ne s'arrête pas là, qu'à la fin, tout finit bien, et même dans la surabondance… Mais je vous propose aujourd'hui de nous arrêter à ce point du récit, parce qu'en leur passant ainsi le témoin, Jésus donne une réponse aux peurs légitimes des disciples.
Foule © Flickr
Prédication du 20 septembre 2015, Berne, Jeûne fédéral

Lectures:




Chers Amis,
Jérémie s'adresse à un peuple de Jérusalem, dont il dit:
« Ils tiennent ferme à leurs illusions ! »
Jésus, 600 ans plus tard, voit une grande foule, en a pitié, lui parle et demande à ses disciples de la nourrir.
Et vous, encore 2000 ans plus tard, vous êtes assis dans une église, au milieu d'un bien petit pays, duquel nous observons le monde, parfois en pensant que nous en sommes le centre. Et vous écoutez un pasteur vous montrer comment ces trois situations se relient spirituellement :
  • Qu'avons-nous à voir avec le peuple de Jérusalem, du temps de Jérémie?
  • Qu'avons-nous à voir avec la foule, dont Jésus a pitié?
  • Qu'avons-nous à voir avec les disciples?
Commençons par la foule. Qui sont ces gens? Qui sont ces foules qui apparaissent si souvent dans les Évangiles?
On les voit venir vers Jean-Baptiste, puis vers Jésus. On nous dit qu'elles viennent de Jérusalem et de toute la région.
Mais comment se fait-il qu'il y ait tant de gens qui apparemment n'ont rien d'autre à faire que de parcourir des dizaines de kilomètres à pied, pour venir entendre un prophète, ou se faire toucher par lui? On parle de milliers…
Comme des brebis qui n'ont pas de berger, nous dit-on…
Mais qu'est-ce qui arrive à des brebis sans berger?
Sont-elles dans un grand désarroi spirituel?
Non, elles sont simplement en danger ! Elles risquent de ne pas trouver de nourriture.
Elles risquent de se faire attaquer par des animaux sauvages.
Elles risquent de mourir de faim ou de violence.
Les travaux historiques nous montrent une Palestine au temps de Jésus, ravagée par les conflits récents et par l'emprise des Romains, avec beaucoup de pauvres, sans travail fixe et souvent sans toit.
Des foules qui ont faim, pas seulement parce qu'elles sont venues écouter Jésus en oubliant leur pique-nique, mais parce qu'elles ont continuellement faim ! Parce qu’elles n’ont pas de quoi se faire un pique-nique !
J'ai entendu récemment une conférence de Luzia Sutter Rehmann, professeure de Nouveau Testament à Bâle, qui m'a ouvert les yeux sur ces foules, et sur la faim, comme motif récurrent dans toute la Bible.
Des foules, comme celles que nous voyons à la télévision ces jours, des images et une réalité que nous cherchons parfois à repousser, ou peut-être sommes-nous soulagés de voir que ces foules n'arrivent pas vraiment jusque chez nous…
* * *
Jérémie quant à lui, ne parlait pas à des foules de pauvres gens. Il s'adressait aux élites de Jérusalem, aux habitants de ce pays, qui pensaient y habiter par un décret céleste immuable.
«Un peuple qui tient ferme à ses illusions, qui refuse de changer», selon ce que leur dit Jérémie, en précisant que cet immobilisme remet en cause même ce qui paraît acquis pour toujours.
La colère de Jérémie est en premier lieu religieuse. Il leur reproche d’adorer toutes sortes d’autres dieux que le leur. Avec l'illusion que cela n'a pas beaucoup d'importance…
Et nous ? Quelles sont nos illusions ? Sur quoi fermons nous les yeux ? De quelles réalités sommes-nous complices ? Quelles sont les dieux que nous adorons ? À quoi ne voudrions-nous à aucun prix renoncer ? Qu'avons-nous peur de perdre ?
* * *
Les disciples de Jésus voient leur maître parler à la foule, le temps passe. A la vue de cette foule, ils doivent se poser la même le même genre de questions…
Plus la conversation de prolonge, plus ils sont inquiets. «Bientôt, on ne pourra plus s'en débarrasser!» Sont-ils inquiets pour la foule ou pour eux-mêmes?
«Renvoie-les! Qu'ils aillent s'acheter de quoi manger!»
S'acheter… mais avec quel argent?!
Les disciples s'exercent à l'art de la pirouette : comment dire qu'il faut que ces gens partent, sans avoir l'air de les rejeter?!
La réponse de Jésus est cinglante :
«Donnez-leur vous-même à manger.»
Vous savez bien que l'histoire ne s'arrête pas là, qu'à la fin, tout finit bien, et même dans la surabondance…
Mais je vous propose aujourd'hui de nous arrêter là, parce que la réponse aux peurs légitimes des disciples se trouve dans ce passage de témoin entre Jésus et les disciples :
  • Les disciples demandent à Jésus, ou plutôt ils lui suggèrent, de renvoyer la foule.
    Ils veulent bien prendre la décision de renvoi, mais il préfère laisser l'exécution à quelqu'un d'autre.
  • Jésus, lui, veut mettre ses disciples en relation directe avec les gens qui sont là. « Donnez-leur vous-même à manger ».C'est de vos mains qu'ils doivent le recevoir, ce pain promis !
    Parce que ce n'est que comme ça que vous les rencontrerez, et qu’ils vous rencontreront !
    Ce n'est que comme ça que la peur sera vaincue, de part et d'autre !
Et le pain ?
Vous en avez plus que vous pensez ! Pour le reste, dit Jésus, faites-moi confiance !
Y a-t-il eu un miracle ce jour-là ?
Bien sûr que oui !
Mais quel était le miracle ?
  • Que tous aient mangé assez ?
  • Que la peur ait été surmontée ?
N’y réfléchissez pas trop.
Vous aussi, allez, et faites des miracles !
Amen

Olivier Schopfer

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