11 octobre 2015

Les sceptiques moqueurs


Dans les derniers jours viendront
des sceptiques moqueurs

Photo: Flickr
Monsieur Onfray, vous vous croyez non religieux, mais vous êtes un gourou, un apôtre d’idées et de convictions comme les autres: vous êtes en quelque sorte un collègue! Vous avez raison: la religion n'a pas le monopole de la spiritualité! Mais vous n'avez pas le monopole de la pensée libre! La liberté que vous revendiquez pour vous, accordez la nous aussi ! Ne prétendez pas être notre sauveur: personne ici n'est captif, nous sommes tous venus de notre plein gré et personne ne nous retient!
Dans les derniers jours viendront
des sceptiques moqueurs

Photo: Flickr
Prédication du 11 octobre 2015, Berne

Lectures: 2 Pierre 3,1-13




Chers amis,
Dans les derniers jours viendront des « sceptiques moqueurs ». C'est ce que nous dit cette deuxième épître de Pierre, qui ne date pas d'hier.
Et justement, ces railleurs moqueurs (comme l’on peut aussi traduire ces deux mots) se rient de l'attente des premiers chrétiens, une attente qui commence à durer, et qui dure encore aujourd'hui…
Mais qu'est-ce qui pousse quelqu'un à se moquer des convictions d'un autre ? Qu'est-ce qui pousse à ricaner, à critiquer, à accuser quelqu'un, à cause de la façon dont il comprend sa vie, sa place dans l'univers ?
La semaine passée, je lisais une interview de Michel Onfray, écrivain, poète, athée militant, qui parlait de son dernier livre « Cosmos », lequel consacre toute une partie aux haïkus, ces mini-poèmes spirituels japonais.
Et le voici qui lance cette phrase virulente :
« Je trouve sidérant que la religion s'arroge le monopole de la spiritualité et que les croyants transforment les athées en pourceaux d’Épicure juste capable de grogner et de fouir le sol avec leur groin ! Une spiritualité athée est possible ! »
Qu'est-ce qui se cache derrière une pareille agressivité ?
Pourquoi Onfray se met il à accuser les croyants d'être des « fanfreluches bigotes » (on notera le féminin) ? Pourquoi s'imagine-t-il que la religion consiste forcément comme il le dit à : « prier Dieu pour qu'il guérisse une maladie ou exauce un vœu. Ou qu'en faisant une prière on efface le péché d'adultère et qu’ainsi on met son arme en conformité avec les conditions de possibilité d'une entrée au paradis. »
Ne connaît-il de la religion que les caricatures d’un catholicisme dépassé ?
Il faut reconnaître que ce langage moqueur sur la religion passe bien aujourd'hui. Il est de bon ton d'accuser les religions d'être des systèmes de pouvoir et d’oppression, tout en ne remarquant pas qu'en faisant cela, on emploie soi-même le langage de l'exclusion !
Il nous faut résister à cette mode !
Et pour commencer, ne pas accepter de nous laisser définir par les autres !
« La religion » : c'est un concept vide !
C'est un mot fourre-tout, tout juste bon pour projeter des peurs et des fantasmes !
« La religion » : c'est une généralisation hâtive. C'est la mise dans le même panier de phénomènes qui n'ont aucun rapport les uns avec les autres. On met dans un même sac l'inquisition, les guerres de religion, le Jihad, les positions de l'église catholique sur le préservatif, on secoue, et on nous présente ça comme étant la religion.
En oubliant bien sûr que la religion, ce sont aussi les hôpitaux publics, l'école pour tous, l'accès à l'écriture, les droits humains…
La religion, c'est un mot à bannir, surtout quand il est employé au singulier. Il ne sert qu'à délimiter, à créer une position hypothétique où l'on serait en dehors de tout système de croyances.
Monsieur Onfray, vous vous croyez non religieux, mais vous êtes un gourou comme les autres, vous êtes aussi un apôtre d’idées et de convictions ! Vous êtes en quelque sorte un collègue ! Non, c'est vrai, la religion n'a pas le monopole de la spiritualité ! Mais vous n'avez pas le monopole de la pensée libre !
Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à se moquer des convictions des autres ? Ses propres expériences négatives dans son propre contexte ? Sûrement ! Il se pourrait que le monde dans lequel vous avez grandi soit l’arbre qui vous cache la forêt !
Monsieur Onfray, aucun groupe humain n'est à l'abri des jeux de pouvoir et des abus. Que les Églises puissent servir d'abri à des manipulateurs et des pervers, c'est malheureusement un fait. Mais c'est aussi le fait d'autres regroupements : les écoles, les institutions sociales, les entreprises, les clubs sportifs, les fanfares… et même les familles. Pourquoi accabler les Églises d'un mal dont tous souffrent?!
Ce n'est pas en cherchant la paille dans l'œil de son voisin, qu’on viendra à bout de la poutre qu'on a dans le sien !
 * * *
Jusque-là, je m'en suis tenu en quelque sorte à la réponse « vers l'extérieur » aux «railleurs moqueurs» : « La liberté de penser et de croire que vous revendiquez pour vous, accordez la nous aussi ! Ne prétendez pas être notre sauveur : personne ici n'est captif, nous sommes tous venus de notre plein gré et personne ne nous retient. »
Mais justement, la question qui nous est posée à nous qui sommes ici doit quand même être prise au sérieux, alors que nous sommes entre nous !
Les moqueurs posent la question de l'espérance ultime, cet avènement promis et qui, à leurs yeux, ne vient pas…
Mais nous, qu'est-ce que nous en pensons ?
Est-ce que nous osons en penser quelque chose, ou est-ce que nous avons si peur des moqueries que nous évitons simplement le sujet ?!
L'auteur de l'épître de Pierre a le mérite d'oser dire quelque chose. Ce qu’il dit nous donne encore aujourd'hui de quoi réfléchir. Mais nous, qu'est-ce que nous en disons ?
Les premiers chrétiens étaient persuadés, à cause de la résurrection du Christ, que la fin des temps était toute proche.
Au moment où notre passage est écrit, cette pensée d'une fin des temps imminente n'est déjà plus à l'ordre du jour depuis longtemps. Plusieurs générations passées. Les témoins directs de la résurrection sont probablement tous déjà morts.
Notre texte nous dit que pour mieux parler de la fin des temps, il faut savoir regarder en arrière. Un premier grand nettoyage de la création a déjà eu lieu au temps de Noé. Si Dieu l'a fait une fois, pourquoi ne le referait-il pas une deuxième fois ? ! Pourquoi douter de Dieu et de sa promesse ?
C’est peut-être un argument. Mais quel rôle l’histoire du déluge joue-t-elle dans notre propre spiritualité ? La comprenons-nous de la même façon ?
Et puis, dit aussi le texte, ce temps d'attente a une valeur particulière :
  • Il est patience de Dieu, signé de son amour pour chacun (même pour les athées)
  • À l'échelle de Dieu, ce temps de patience est infime … mille ans sont pour lui comme un jour.
D’une manière générale, ce qui est très intéressant dans ce texte, c'est que la perspective de la fin des temps n'est pas du tout vue comme quelque chose d'inquiétant.
C'est au contraire l'attente d'une nouvelle création où, à la différence de celle dans laquelle nous vivons, la justice habitera !
Que cela passe par un nettoyage, par un jugement, n'effraie pas l'auteur. Il voit au contraire cette perspective comme une invitation à vivre déjà en fonction de ce monde qui vient. À se ranger déjà du côté de la justice.
Encore une fois, cela nous renvoie à nous-mêmes, aujourd'hui, à notre propre manière de réfléchir à notre monde dont l’existence est limitée, nous en avons plus que jamais conscience, et à notre façon de nous voir nous-mêmes, nous dont les jours sont aussi comptés, probablement encore plus.
Depuis l'époque du Christ, beaucoup de choses ont changé, mais surtout l'emprise que les humains ont maintenant prise sur l'équilibre planétaire. Un nouveau scénario est apparu, auquel les premiers chrétiens n'avait pas pensé : nous pourrions être nous-mêmes à l'origine du cataclysme final.
Du coup, nous sommes devenus plus conscients de notre propre responsabilité vis-à-vis de la création, une responsabilité qui ne consiste plus seulement à cultiver la terre… mais à éviter qu'elle ne soit détruite à cause de nous !
Alors qu'est-ce que nous espérons ?
Au-delà de l'existence du monde…
Au-delà de notre propre existence …
Pour ma part, je crois qu'au-delà de tout ce que j'ai pu faire faux, c'est un amour qui m'attend, un amour qui surpasse tout !
Et c'est cet amour de Dieu, manifesté en Jésus-Christ, qui me donne du courage pour vivre en être humain responsable, maintenant et jusqu'au jour où je le verrai face-à-face.
Amen
Olivier Schopfer

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