16 mars 2014

Prédestination et happy-end


Arc-en-ciel
Dieu n'est pas un théorème, une formule mathématique. Nous le connaissons par l'expérience que nous faisons de lui, et le témoignage de ceux qui ont cru avant nous. Un dieu qui veut faire alliance avec nous. Un dieu qui nous connaît avant que nous existions, et qui sait comment nous serons quand nous serons avec lui, après la fin de notre vie.


Arc-en-ciel
Prédication prononcée le 16 mars 2014


 Lectures: Genèse 9,8-17
                  Romains 8,28-34




Chers Amis,

Je m'imagine l'apôtre Paul, en train d'écrire sa lettre aux Romains : Il pèse les mots.
Il se demande comment il va pouvoir exprimer de la façon la plus juste ce qui l’habite. Il se demande comment il va pouvoir parler de Dieu, sans que les mots ne disent le contraire de ce qu'il pense.
Est-ce que c'était plus facile pour lui il y a 2000 ans, que pour nous aujourd'hui quand nous essayons de parler de Dieu à nos enfants ou à nos petits-enfants ?

Ou pour votre pasteur quand il prépare la prédication qu'il vous tient en ce moment?

Ou quand il discute avec quelqu'un qui lui pose des questions : « tiens, puisque vous êtes pasteur, vous allez pouvoir me dire… »

Je crois que ce n'était ni plus facile ni plus difficile : C'est toujours à nouveau le même défi. Parce que Dieu n'est pas un théorème. Il n'est pas une règle mathématique.

Nous connaissons Dieu par l'expérience que nous faisons de lui. Et cette expérience est nourrie par le témoignage d'autres qui ont cru avant nous.

C'est l'expérience d'un dieu qui nous parle, qui engage le dialogue avec nous. Cela prend la forme d'une promesse : « je veux faire alliance avec toi » disait Dieu à Noé, et il nous le dit aussi.
Bien sûr, l'arrière-plan n'est pas réjouissant. Il y a tant de souffrances, et parmi elles celle que nous-mêmes nous provoquons ! L'histoire du déluge se joue sur fond de souffrances, mais elle est aussi l'histoire d'une promesse :

« Je veux faire alliance avec toi et avec toute ta descendance ! »
« J'ai mis mon arc dans le ciel en signe de cette alliance. »

C'est une invitation à laisser la mort derrière soi, pour regarder la vie. Et d'ailleurs, si nous n'avions pas -avec toute la création- reçu le cadeau de la vie, la mort non plus ne pourrait pas exister! La mort, c'est la fin de la vie. Sans vie, pas de mort !

Mais justement, celui qui nous appelle à la vie veut nous offrir bien plus que la vie ! C'est un projet qui commence avant la vie… et qui continue après !

C'est de cela que l'apôtre Paul essaye de nous parler, en nous disant que Dieu nous a connus avant que nous n’existions, et qu’il nous connaît aussi comme nous serons, quand nous serons avec lui, à l'autre bout du chemin.

C'est pour cela que Paul ose écrire cette phrase si difficile : « Nous savons que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, ceux qui sont appelés selon son projet. »
Justement, cette phrase n'est pas un théorème ! Ce n'est pas la méthode Coué spirituelle. Paul ne nie pas les difficultés : Il parle de son espoir ultime !

Il ne dit pas que tout est bien, ni que tout finira par s'arranger. Il dit que Jésus-Christ est le premier né d'entre les morts, et que nous aussi, nous allons vers une naissance que nous ne pouvons même pas imaginer !

Oui, mais si tout sera bien pour ceux qui aiment Dieu, parce qu'il les a appelés, parce qu'il les a connus d'avance, ceux qui seront une multitude de frères et sœurs… qu'en sera-t-il des autres?!

Quels autres ?

Ben, ceux que Dieu n'a pas appelés, et qui donc ne l'aiment pas particulièrement !
Mais y a-t-il quelqu'un, que Dieu n'ait pas appelé ?
Y a-t-il quelqu'un, que Dieu n'ait pas connu d'avance ?
De tels êtres existent-ils ?

En tout cas, dans ce passage fameux, l'apôtre Paul n'en parle pas. Il n'exclut pas la possibilité, mais il ne l'affirme pas non plus.

D'autres plus tard se sentiront poussés à explorer cette possibilité. Par exemple Calvin, qui développera l'idée d'une double prédestination, les uns vers la vie avec Dieu, les autres vers la perdition.

A noter que Calvin a commencé par faire comme l'apôtre Paul, à ne parler que de ceux qui sont appelés à la vie. C'est plus tard, poussé par ceux qui le pressaient de préciser sa pensée, qu'il a développé cette fameuse doctrine de la double prédestination.

Mais peut-être qu'en faisant cela, il a un peu oublié la raison pour laquelle Paul disait que Dieu nous a connus d'avance.

Si Paul insiste tellement là-dessus, c'est pour que nous ne pensions pas que l'amour de Dieu dépend de ce que nous faisons, comme si l’on pouvait acheter l'amour de Dieu en se comportant de telle ou telle manière, comme si nos œuvres allaient nous sauver ! Non, Dieu nous a aimés d’avance. Nous ne pouvons pas l’empêcher de nous aimer.

Paul ne veut pas faire des spéculations sur les mystères de Dieu : il veut parler de ce qu'il sait, non pas de manière intellectuelle, mais de manière globale : Dieu nous a aimés le premier.
Alors n'allons pas nous-mêmes mettre des limites à cet amour, au nom d’une logique qui n’est pas celle de Dieu !

Dieu l'a dit à Noé : « Je fais alliance avec toi. »

Il le dit en Jésus-Christ, son Fils, qui nous a ouvert la porte de la vie même au-delà de la mort.

Il nous le dit à nous, aujourd'hui.

Il le dit en particulier dans le signe du baptême, qu’Élodie a reçu il y a un instant.
Que le baptême d'Élodie nous rappelle notre propre baptême ! Nous appartenons à Jésus-Christ, nous sommes appelés avec lui à la vie, dès maintenant et pour toujours.

Amen


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