13 juillet 2014

Attendre sa délivrance

Au delà de la souffrance,
passer de la graine à la plante
Nous vivons dans un monde qui n'aime pas voir la souffrance, qui la cache, qui la repousse, qui cherche à la délimiter, à lui astreindre des frontières. La souffrance est vue comme une anomalie qu'il faudrait corriger. Celle ou celui qui souffre est vu comment un cas, un problème à résoudre. Il a vite l'impression qu'il est lui-même le problème, qu’il gêne. La normalité, ce serait d'être jeune, sans souci, dynamique, joyeux! L'apôtre Paul propose un autre regard.


Au delà de la souffrance,
passer de la graine à la plante
Prédication du 13 juillet 2014



Lecture : Romains 8,15-25




Luther disait de ce passage : « C’est là un texte excellent, consolateur et qu'il convient d’écrire en lettres d'or ! »

Et je crois que nous ressentons aussi la puissance des mots, dans ce qu'ils disent, mais aussi dans ce qu'ils évitent de dire, parce que ce serait trop facile, parce que ce serait nous mettre à la place de Dieu et de Jésus-Christ.

Par exemple, non pas : «Nous sommes les enfants de Dieu !», ce qui serait prétentieux, mais:
«l'Esprit atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu», parce que c’est ce que nous recevons, ce qui nous habite.

Un texte consolateur, justement parce qu'il refuse d'être une consolation à bon marché !
  • Un texte, qui part d'un regard sur ce que nous sommes :
    • Selon la chair, des pécheurs qui vont vers la mort.
    • Selon l'Esprit, des fils et des filles adoptifs de Dieu.
  • Un texte qui passe par la question de la souffrance, la nôtre et celle du Christ.
  • Un texte qui étend ensuit la perspective : pas seulement nous, la création aussi est dans la souffrance et l’attente.
  • Un texte qui revient finalement à nous et à ce temps dans lequel nous savons que nous vivons : le temps d’espérer ce que nous ne voyons pas encore.
Ce cheminement, cette logique dans la manière de nous comprendre nous-mêmes, de comprendre notre monde, de comprendre le Christ, elle est tout sauf évidente ! Elle est même, osons le dire, en opposition avec la culture ambiante !

D'abord sur la question de la souffrance.

Nous vivons dans un monde qui n'aime pas voir la souffrance, qui la cache, qui la repousse, qui cherche à la délimiter, à lui astreindre des frontières. La souffrance est vue comme une anomalie qu'il faudrait corriger. Celle ou celui qui souffre est vu comment un cas, un problème à résoudre. Il a vite l'impression qu'il est lui-même le problème, qu’il gêne. La normalité, ce serait d'être jeune, sans souci, dynamique, joyeux !

Paul ne met pas non plus la souffrance au centre, comme si elle était une valeur en soi. Il ne met pas non plus au centre l'individu qui souffre, le « je ». Dans ce qu'il dit, il ne s'agit pas du « je » individualiste, mais du « nous », le « nous » de la communauté des croyants.

Nous, les héritiers de Dieu, les cohéritiers du Christ, nous avons part à ses souffrances, et nous avons part à sa gloire ! Nous souffrons avec lui et nous sommes glorifiés avec lui !
Souffrir avec, c’est le sens du mot συμ-πάσχω, πάσχω qui désigne en particulier la souffrance de la Passion.

Il s'agit de la passion du Christ, nous sommes avec lui dans sa passion comme nous sommes avec lui dans sa résurrection. Avec lui dans sa passion qui a déjà eu lieu, avec lui dans sa résurrection qui a déjà commencé.

La souffrance, qui n'est jamais seulement la mienne, mais qui est la nôtre, est comme un signe qui nous renvoie à ce que le Christ a déjà accompli pour nous. Non pas que nous ayons quoi que ce soit à rajouter à la souffrance du Christ. Non pas que notre souffrance ait une valeur en soi : dans la souffrance, la nôtre est celle des autres, nous pouvons reconnaître celle du Christ. C'est notre liberté de reconnaître ce sens à notre propre souffrance : nous sommes avec lui, et il est avec nous.

Mais cela nous amène au deuxième élément qui passe très mal dans la culture ambiante. Cet élément, c'est le Christ !

Pourquoi faut-il le Christ ?! Dieu ne suffit-il pas ?!
Et quand je dis : « Dieu », dans la culture ambiante c’est ce : «Il y a bien quelque chose, quelque part!». C'est ce dieu vague et impersonnel, dont on pense qu'il s'est retiré du monde, alors qu’en pensant cela, on se distance soi-même de lui !

Alors c'est peut-être plus confortable de refuser toute idée d'un Dieu qui interagit avec sa création. C'est vrai que c'est plus facile de définir Dieu soi-même, de lui assigner soi-même un champ : « Oh, vous savez, ma croyance m'appartient, c'est très privé. »

Un dieu à géométrie variable, éloigné quand on n’en a pas besoin, mais auquel on se réserve de faire appel en privé… ou avant de tirer un penalty !

Mais dans cette culture ambiante, où est la consolation ?

Dans la vague idée d'un monde prétendu meilleur après… Après quoi ? Après une mort qu'on n’ose même plus appeler par son nom, tant elle est tabou !

* * *

La culture ambiante se croit en réaction contre Dieu.
Peut-être est-elle seulement en réaction contre une vision trop autoritaire de Dieu ? Ou des Églises ? Peut-être se trompe-t-elle d'adversaire ? Peut-être est-elle une fuite en avant ?

* * *

Alors pourquoi faut-il le Christ ?
Je ne peux pas répondre à cette question en dehors de ma propre conviction, puisque dans cette conviction, le Christ est un donné. Il est là avant que je me pose la question. Il a donné sa vie pour nous, je le crois ! Et je me crois héritier de Dieu, et je nous crois cohéritiers du Christ, y compris ceux qui ne croient pas en lui, ou ne le connaissent pas.

Je ne peux pas transformer la culture ambiante, lui faire redécouvrir ses propres racines, mais je peux être témoin de mon espérance, qui prend au sérieux l'humain dans sa globalité, pas seulement quand il est jeune et heureux !

Au travers de nos visages de femmes et d'hommes qui espèrent, la culture ambiante peut lentement évoluer. Nous avons quelque chose à dire, même si nous sommes parfois vus comme des empêcheurs de tourner en rond !

* * *

L'apôtre Paul parle donc du Christ comme cœur de notre espoir. Pas seulement du nôtre : l'attente et l'espoir de la création toute entière !

Il ne s'agit pas de l'idée d'un monde meilleur, comme si ce monde n’était pas bon de par son origine même. Il s'agit de la création de Dieu, mais libérée de ce qui l’asservit, tout comme il s'agit de nos corps, mais libérés de ce qui nous restreint.

Il est dit que nous gémissons intérieurement, attendant l'adoption, la délivrance pour notre corps.
D'abord, sur le gémissement : nous ne devrions pas en conclure qu'il faut être des chrétiens qui gémissent et se plaignent de tout ! Notre vocation n'est pas de dire que le monde va mal, elle est de parler de l'enfantement, de la promesse, de ce que le Christ a rendu possible ! Seulement nous ne fermons pas les yeux sur la souffrance, nous osons la nommer, là ou elle est.

Ensuite, sur la délivrance. Il ne s'agit pas d'être libéré de notre corps, dans le sens d'en être séparé, de devenir un pur esprit. Il s'agit que notre corps soit libéré de ce qui l’asservit. Alors que nous sommes la graine, il s'agit de devenir la plante ! Il s'agit de ce que nous ne pouvons pas imaginer, de l’accomplissement de notre espoir ultime. Il s’agit de devenir ce que nous sommes dans le regard de Dieu !

C'est parce que nous ne pouvons pas voir cela,
que nous l'espérons de tout notre cœur.


Amen

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