30 novembre 2014

Vous savez en quel temps nous sommes!


The passage of time
Étonnant contraste entre l’apôtre Paul et Jésus : L'un écrit avec assurance « vous savez en quel temps nous sommes », alors que l'autre dit « restez éveillés, vous ne savez pas quand ce sera le moment. » Le point commun, c'est que l’un et l’autre parlent du temps qui est le leur, en relation avec un autre temps, un « moment » qui est encore à venir.

The passage of time




Lectures : Esaïe 40,1‐8
Romains 13,8‐12
Marc 13,33‐37




Prédication du 30 novembre 2014 10h - 1er Avent

Chers Amis,
Il y a un étonnant contraste entre l'assurance de l’apôtre Paul, qui écrit : « vous savez en quel temps nous sommes », et l'avertissement de Jésus à ses disciples : « restez éveillés, vous ne savez pas quand ce sera le moment. »
Le point commun, c'est que l’un et l’autre parlent du temps qui est le leur, en relation avec un autre temps, un « moment » qui est encore à venir.
Pour l'un comme pour l'autre, il s'agit de comprendre le temps présent, et surtout de comprendre comment vivre concrètement dans ce temps; et la réponse se trouve dans la promesse, dans le temps qui est à venir.
Cela nous renvoie évidemment à notre propre compréhension du temps, à ce que nous attendons, et à la manière dont cette attente influence notre quotidien.
Mais il ne faut pas trop vite passer à notre réalité, sinon l'on risque de ne pas vraiment comprendre la situation dans laquelle Jésus parle, ou celle dans laquelle l'apôtre Paul écrit sa lettre aux Romains.
Sans parler du prophète Esaïe, dont nous avons entendu les paroles consolatrices, qu'il a adressées à son peuple en déportation, autour de 540 ans avant J.‐C. !
Ésaïe annonçait la fin prochaine de ce qu'il comprenait comme une punition de son peuple. Il annonçait un retour qui allait devenir possible. Retour de Babylone à Jérusalem. Un chemin dans le désert, mais qui serait rendu facile, en comparaison avec le voyage aller. Un chemin sans obstacles, pour Dieu et son peuple, un chemin aplani.
Un voyage qui en rappelle un autre encore plus ancien : la sortie d'Égypte sous la conduite de Moïse. Un parcours à travers un autre désert loin d’être plat, au contraire parsemé d'obstacles.
La promesse qu'Ésaïe avait transmise à son peuple, elle s'est accomplie depuis longtemps. Le peuple en déportation a effectivement pu rentrer à Jérusalem. Il a effectivement pu commencer une nouvelle époque, reconstruire le temple, habiter à nouveau la terre promise.
Mais le souvenir de cette attente est resté. Les paroles d'espoir du prophète sont devenues une part du bien spirituel du peuple juif, et plus tard aussi du peuple chrétien.
On a gardé ces paroles, mais on a commencé à les lire non plus comme le souvenir de quelque chose de passé, mais comme des paroles encore actuelles, se rapportant à une autre attente. Quelque chose de plus général, de plus spirituel.
Peut‐être parce qu'on s'est rendu compte que d’être rentrés au pays, c'était bien, mais que cela ne résolvait pas tout. Sommes‐nous arrivés ? Sommes‐nous chez nous ? Est‐ce cela, la terre promise ? Sommes‐nous au bout de notre quête ?
Toujours est‐il qu'on a commencé à croire en un autre temps, un temps où Dieu régnerait vraiment.
Et quand, bien plus tard, Jean‐Baptiste reprend les paroles d'Ésaïe, il a en vue un Règne de Dieu qui va arriver, et pour lequel il faut se préparer. Un Règne imminent.
Jésus reprend exactement ce thème : il dit à ses disciples de se tenir prêts pour un événement qui peut survenir d'un moment à l'autre, comme quand un maître de maison par en voyage et qu'il va revenir, c'est sûr, mais quand, on ne sait pas…
Certains disciples prennent Jésus au mot. Ils pensent que Jésus va établir le Règne de Dieu sur Terre, qu'il va chasser les envahisseurs romains, et créer une nouvelle ère de paix sans fin.
Ils sont vite déçus, comme l'ont été tous ceux qui ont cru en un messianisme terrestre, en un sauveur politique, en une gouvernance idéale, qui finit toujours par se transformer en dictature…
D'autres disciples continuent de le suivre et doivent traverser ces heures terribles où tout s’effondre : c'est l'arrestation de Jésus son jugement la croix la mort. « Et nous, nous espérions qu'il était celui qui allait délivrer Israël. » (Luc 24,21)
* * *
Mais pour ceux parmi eux qui l'ont vu vivant, qui ont cru à sa résurrection, tout est devenu différent.
Leur conscience du temps a changé. Ce qui s'est passé a marqué un tournant décisif : ils ne se sont plus sentis dans le temps de l'attente. « Tout est accompli ». « Bientôt nous verrons le Christ revenir dans sa gloire. »
L’apôtre Paul a connu cet enthousiasme des premières années. Il a aussi pensé que la fin des temps était pour tout bientôt, qu'il la verrait avant de mourir.
« Vous savez en quel temps nous sommes » écrit‐il, et il pense au tout derniers temps : « la nuit est avancée, le jour est proche ».
Mais au moment où il écrit la lettre aux Romains, il a déjà eu le temps de prendre un peu de recul. « Le salut est plus proche de nous qu’au moment où nous avons cru » : l'expression laisse entendre une certaine prudence ; ça pourrait durer.
Vingt siècles plus tard, nous ne pouvons que constater que ça a duré, et que ça dure encore…
Mais aussi que les chrétiens ont su s'adapter à cette situation. Qu'ils ont repensé la question du temps, mais sans perdre de vue l'horizon.
C’est là, et seulement là, que nous pouvons nous demander comment nous comprenons notre temps et qu'est ce que nous nous attendons.
J'aimerais bien savoir ce que vous en pensez : ce serait sûrement une conversation passionnante.
Et qu'est‐ce que nous gardons de ces recommandations de l’apôtre Paul et de Jésus ? Rester éveillés ? Ne pas avoir de dette envers quiconque ? Etre prêts à un événement qui pourrait être proche ?
Pour ma part, j'en garde l'idée de voyager léger, de ne pas me charger de ce que je ne peux de toute façon pas emporter, d'essayer de simplifier ma vie.
Je trouve bon de savoir que ma vie n'est pas sans limite.
Je trouve bon de savoir que le monde tel qu'il est, n'est pas non plus infini.
Je crois que ce monde n'est pas tout, qu'un jour je verrai l'envers du décor, et le Créateur de toute chose.
Je crois que ma vie non plus ne se résume pas à ce que j'en comprends. Elle a son accomplissement en Jésus‐Christ.
Et oui, je crois qu'Il vient.
Amen

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